Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés
No 15, Octobre 1992
- VIEILLES SUPERSTITIONS CAMPAGNARDES -
Toutes ces superstitions, encore vivaces
pour certaines d'entre elles au cœur de notre monde rural, vont chercher leurs
mystérieuses origines dans des mythologies en partie oubliées, si ce n'est mortes,
et qui remontent à la nuit des temps. Faites en partie d'une expérience empirique
ancestrale, magnifiée par le merveilleux, en partie de l'interprétation de mythes
païens et chrétiens, chargées du poids de l'imaginaire, elles demeurent plus
ou moins sous-jacentes de nos jours.
La superstition propre au monde antique, celtique, romain et chrétien habite
toujours les profondeurs de notre esprit, spécialement en milieu rural.

LE PAIN TOURNE A L'ENVERS
La tourte ou la miche de pain devaient être posées à l'endroit sur la table de la ferme. Les placer à l'envers ne saurait qu'attirer le malheur sur la maisonnée. Avant d'entamer la miche, il était d'usage de tracer sur elle une croix avec son couteau. Cette pratique est encore vivante dans de nombreux foyers paysans, non seulement dans notre région, mais dans toute la France.
LE PAIN DE LA VEILLEE DE NOEL
Nous savons que les herbes cueillies la veille de la Saint-Jean possédaient des vertus particulières; il en était de même du pain cuit la veille de Noël Dans la plupart des maisons, on avait coutume de cuire une fournée ce jour-là bien précisément. On devait garder l'un de ces pains toute l'année. Ce "tourteau de Noël" servait dans les circonstances suivantes. Si le paysan s'apercevait que l'une de ses bêtes prête à mettre bas devait trop souffrir, il lui faisait manger un morceau de ce pain mis de côté. Sans doute fallait-il croire sans raisonner, toute discussion risquant d'altérer le foi.
QUAND LA LAMPE S'ETEINT
Dans certaines familles paysannes, on croyait faire œuvre pie à chaque fois qu'une lampe s'éteignait en prononçant les paroles suivantes "Dieu soit saint".
VISITE A UNE FEMME NOUVELLEMENT ACCOUCHEE
Dans nos campagnes limousines il était d'usage d'offrir quelqu'argent à une femme nouvellement accouchée lorsqu'on lui rendait visite. Cet argent ainsi offert avait pour mission de combattre la "maligne vue".
LES CORPS DES SAINTS
D'après une vieille croyance populaire, les corps des saints
seraient incorruptibles.
Du temps où les saints étaient nombreux, on raconte que dans les cimetières,
on pouvait découvrir des corps parfaitement conservés bien qu'inhumés depuis
longtemps. C'était des cadavres de saints. A ces endroits, on avait coutume
d'élever des chapelles qui devenaient aussitôt lieux de pélerinage.
On était et l'on est encore fréquemment convaincu de l'incorruptibilité corporelle
en ce qui touche les vrais élus de Dieu. Cependant, nous nous demandons, avec
une certaine irrévérence, ce que sont devenues les chairs qui revêtaient les
os de ce que l'on nous présente comme relique...
LE SABBAT DES CHATS
Le chat, animal sacré dans la mythologie égyptienne, fut chargé
de tous les pouvoirs obscurs du démon par plusieurs siècles de religion judéo-chrétienne.
C'est ainsi que tant de personnes étaient assurées d'avoir vu Satan sous les
traits d'un chat noir aux yeux enflammés. Puisque le chat était lié à la présence
de mauvais esprits, on le chargea de particularités surprenantes.
On croyait qu'en certaines périodes de l'année, en particulier avant l'Avent
ou le Carême, tous les chats d'une même contrée se réunissaient en un même lieu.
Généralement, le lieu de ce rassemblement était un carrefour où aboutissaient
plusieurs chemins. Alors arrivait le Malin venant donner ses ordres aux chats
qui se dispersaient avec des miaulements terribles. Ces assemblées mystérieuses
s'appelaient "sabbat des chats". Généralement, les chats se livraient au sabbat
en compagnie de sorcières et autres créatures damnées.
LA CHASSE GALERIE OU GALOPINE
Victor Hugo qui écrivit "les Djinns" savait qu'en Orient, on
croyait aux esprits aériens et nocturnes. Dans notre région, en plein 19ème
s. on croyait fermement en la "chasse galopine", plus ou moins l'équivalent
des djinns. Pendant les longues veillées d'hiver, il arrivait au paysan d'entendre
"De noirs oiseaux de nuit qui s'en vont par volées".
C'est que l'on croyait en l'existence d'esprits aériens qui s'en venaient troubler
le sommeil et l'esprit des hommes, et jeter l'effroi dans les campagnes. Quand
la "chasse galopine" passe, elle fait un vacarme terrifiant, et on peut y discerner
tous les cris, des soupirs, des sanglots, des gémissements, semblables à ce
qui peut monter d'une gorge humaine. Celui qui a entendu une seule fois dans
sa vie passer "la chasse galopine" en conserve pour toujours un souvenir mortel,
car c'est là une chose si terrifiante qu'elle se peut à peine évoquer.
Du fond des chaumières, on se demandait qui pouvait ainsi courir à travers les airs, voler au milieu des ténèbres. A cette question, il existait plusieurs réponses, mais la version la plus courante était la suivante: il s'agissait des âmes de petits enfants morts au berceau sans avoir reçu le baptême. A leur arrivée au Paradis, ils ne pouvaient se faire entendre de Saint Pierre qui restait sourd à leurs supplications. Alors, ces âmes désespérées s'en allaient, errant au travers l'espace, supportant le poids du péché originel. Nous pouvons évoquer dans "la chasse Hennequin", une version germanique illustrant différemment le même thème légendaire qui court depuis tant de siècles.
La nuit d'hiver, mère de tous les fantômes, de toutes les terreurs, était propice à ce genre d'invention imaginaire, alors que dans sa ténébreuse solitude, des bandes d'oiseaux de nuit la remplissaient de cris lugubres, accompagnés des plaintes du vent.
POUR AVOIR UNE BONNE RECOLTE DE RAVES
Nous savons que les raves comme les châtaignes entraient pour beau-coup dans l'alimentation paysanne d'autrefois. Pour avoir une bonne récolte de raves, il suffisait de faire brûler dans le feu de la Saint-Jean les fanes provenant des raves de la récolte précédente. Ces fanes étaient donc offertes en véritable sacrifice à saint Jean. Comme toujours, nous sommes confrontés à ce curieux mélange de pa-ganisme et de christianisme.
LE SON DES CLOCHES EN TEMPS D'ORAGE
Autrefois, dans tout le pays, on sonnait les cloches en temps
d'orage. Cette coutume ancestrale a sans doute disparu, car plus d'un sonneur
de cloche fut frappé par la foudre. Cependant, certaines personnes croient encore
que le son de la cloche détourne l'orage.
Généralement, c'était le sacristain qui sonnait les cloches pendant les orages.
Pour préserver les récoltes de la paroisse, il ne reculait pas devant le risque
encouru. Aussi, il n'était que justice que, pour être payé de ses efforts, le
sacristain fît le tour des fermes, quêtant sa part de blé. On lui en donnait
alors suffisamment pour qu'il pût nourrir sa famille.
Dans d'autres N° de notre journal, nous avons déjà évoqué le Lébérou ou loup-garou, la Mandigore, la vue de certains animaux, certaines dévotions, aussi nous n'y reviendrons pas aujourd'hui.
Sources:
Ethnologia. "Quelques remarques sur les croyances et les usages superstitueux
en Limousin" par A. Boisse.
Nos lecteurs écrivent...
Suite à notre article sur le logis de Belleville dans le N0
13 de juin dernier, le propriétaire actuel M. Robert Schrimpf, ému par les critiques
que nous avions faites sur les restaurations apportées à sa demeure et par la
publication de la photo de la façade arrière, nous a écrit une lettre qu'il
nous demande de publier. C'est bien volontiers que nous nous exécutons en ce
qui concerne le monument lui-même à propos duquel M. Schrimpf apporte les précisions
suivantes:
"...la tourelle d'angle n'a jamais été une tourelle d'escalier et la façade nord n'a pas échappé à toute reconstruction. D'autre part, il est tout à fait inexact de laisser croire que, dès l'origine, la porte d'entrée du corps de logis (façade nord) était située au niveau du premier étage. La principale rénovation de la façade sud ne remonte pas au 20ème siècle mais au début du 18ème siècle. Il est également imprudent de prétendre que la construction du logis remonterait au 15ème siècle. En fait, Hélie de Colonges n'a fait , à cette époque, que modifier une construction beaucoup plus ancienne".
Le ton personnel, polémique, voire même insultant du reste de la lettre nous empêche de le publier ici.