Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 16, Décembre 1992

- LE CHATEAU DU LINDOIS -

 

Le château du Lindois, aujourd'hui rasé, à l'exception de l'un de ses corps de bâtiment converti en maison d'habitation et de certaines de ses dépendances, présentait, voici une vingtaine d'années, un ensemble cohérent, déchiffrable, bien que très mutilé. C'est ce château laissé à l'abandon que nous allons évoquer. Cet important logis noble datant de la fin du 15ème s. était, en 1973, abandonné à un état de demi-ruine. Les toitures étaient éventrées, les planchers effondrés, les fenêtres et les portes délabrées, pour celles qui n'avaient pas été murées. Il est à peu près certain que jamais le château n'avait été entretenu depuis le 19ème s. et nous dirons plus en nous demandant s'il n'avait pas été volontairement dégradé, ce dont nous n'avons aucune preuve. Le château qui, au 17ème a. avait été partiellement reconstruit, était alors composé d'un long corps de logis central à un étage, qui possédait de très belles fenêtres Renaissance, aux embrasures et aux appuis finement moulurés. Certaines avaient conservé un meneau transversal, d'autres avaient été murées au 19ème s. (voir cliché). A cette époque on avait ouvert des fenêtres et des portes très communes. A gauche, soit au nord, un corps de logis en équerre était soudé au corps de logis principal, par rapport auquel il avançait légèrement. Cet élément, recouvert d'une toiture tardive et approximative, avait conservé une très belle porte d'entrée à accolade, et la riche mouluration de l'embrasure était aussi soignée que celle des fenêtres et de leurs appuis. Au centre de l'accolade du linteau, un blason sculpté dans la pierre avait été martelé à l'époque révolutionnaire. La très jolie fenêtre qui surmontait cette porte était elle aussi Renaissance. La façade de ce petit corps de logis accusait un léger galbe comme si, au moment de la reconstruction du 17ème s., on avait englobé là une tour plus ancienne (voir cliché).

Au sud du corps principal du château, se trouvait un autre corps de bâtiment, lui aussi légèrement ressorti en équerre par rapport à ce corps principal. En 1973, il se trouvait en bien meilleur état que 11 ensemble évoqué car il était habité. Il l'est toujours à notre époque, et semble avoir été l'objet de rénovations. Voici une vingtaine d'années, le haut des murs de ce bâtiment avait gardé, pour trois d'entre eux, les consoles de mâchicoulis disparue.

Des dépendances utilisées de nos jours ont été préservées et se trouvent attenantes à ce corps de logis habité, en face du magnifique porche de l'ancienne église du Lindois, rasée pour sa part en 1924. Des éléments architecturaux fort anciens pris dans ces dépendances ont été classés par les Monuments Historiques.

Des vestiges de douves apparaissaient alors nettement, sur trois côtés de ce bel ensemble dont la démolition par la municipalité remonte aux années 1975-80.

Ce très important château avait été construit, sans doute sur des substructures plus anciennes, par Guy de Chasteignier, baron du Lindois à la fin du 15ème ou au début du 16ème a. Ce haut et puissant personnage appartenait à une illustre et ancienne famille de noblesse chevaleresque, et fut chambellan de deux rois de France Louis XI et Charles VIII. Il mourut au Lindois en 1547.

Les armes des de Chasteignier sont :

"d'or au lion passant de sinople, armé et lampassé de gueules". Devise : "Armis et atavis" (de Proidefond).

Avant les guerres de religion, les de Chasteignier s'étaient convertis au calvinisme, ce qui fut la cause de toutes sortes de conflits avec leurs parents et voisins demeurés catholiques. C'est sous leur influence et leur protection que le petit temple de La Sudrie put exister et rassembler les fidèles de la Religion Prétendue Réformée.

Les de Chasteignier conservèrent leur fief du Lindois jusqu'à la révolution de 1789. Entre temps, ils s'étaient ralliés à la religion catholique.

Le domaine du Lindois comprenant le château et toutes les terres de l'ancien fief fut vendu en bien national à la Révolution. Celui qui acquit cette énorme propriété pour la somme dérisoire de 45 000 livres alors qu'elle en valait 300 000, fut Grosdevaux, agent national et président du comité de surveillance du district de La Rochefoucauld sous la Terreur. La corruption de Groodevaux qui avait su utiliser pour cette acquisition des hommes de paille et profiter de l'aveuglement complice des autorités terroristes fut mise en lumière par le représentant en mission Pénières, chargé de l'épuration thermidorienne dans notre région, et en particulier dans le district de La Rochefoucauld, le seul du département à avoir connu sous la Terreur tant d'abus et d'excès. Le rapport de Pénières condamna donc Grosdevaux, chargé de graves crimes, de prévarication. Le domaine du Lindois fut remis en vente, réservant pour 1/4 de l'ensemble la part d'héritage de Suzanne de Chasteignier, fille de François Joseph de Chasteignier. Par la suite, le château devint bien municipal, et l'on vit l'école primaire être installée dans ce qui demeurait de relativement intact de la vieille demeure seigneuriale. Le château, progressivement laissé à l'abandon, finit par être rasé.

Sources : Archives de Ferrières.

-Pré-inventaire du canton de Montbron par P.Fils en 1973.

-La Charente révolutionnaire par J.Jézéquel. S.A.H.C. 1992.

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