Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés
No 2, Mars 1990
- LE COSTUME PAYSAN FEMININ DANS LE MONTBRONNAIS VERS 1850 -
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UNE JEUNE MEUNIERE DE MARTHON.
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Paysanne charentaise au l8eme siècle
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A Marthon, à l'aube du dimanche 14 août
1852, une jeune fille de vingt et un ans, Marguerite Laboissière, enceinte
et abandonnée, se jeta dans le Bandiat. Ses parents étaient les
meuniers de Plou. On retrouva son corps à cent cinquante mètres
du moulin familial
Le procès-verbal dressé alors nous livre de précieux détails
sur le costume d'une jeune paysanne aisée de notre région au milieu
du siècle dernier, encore que sa tenue ne soit pas absolument complète.
En voici la description
- une chemise de toile de brin.
- un mouchoir de cou de couleur à carreaux.
- une brassière d'étoffe violette.
- une paire de manches d'étoffe à petits carreaux.
- une jupe d'étoffe de coton bleu.
- un tablier d'étoffe de pays.
- des bas de laine bleus.
- un bonnet de dessous.
- une coiffe.
Marguerite Laboissière n'avait rien revêtu de superflu pour ce dernier matin de sa vie, bien qu'elle se fût vêtue avec soin, comme l'atteste la présence du bonnet de dessous et de la coiffe. Nous pouvons être surpris qu'il ne soit pas fait mention d'un jupon. C'est en effet la seule pièce de vêtement important, Qui, manquante, semblerait indiquer qu'elle se fût habillée à la hâte, tout en voulant préserver une apparence extérieure parfaitement normale.
Nous remarquerons que Marguerite Laboissière ne portait pas sa croix,
retenue habituellement par un mince ruban de velours noué au tour du
cou. Se sachant damnée pour l'éternité en se suicidant,
elle se sera vraisemblablement refusée à un tel sacrilège.
En outre, elle devait être chaussée de sabots de bois, montant
haut sur le cou de pied. Elle les aura sans doute perdus au cours de sa lutte
contre la mort. Tout comme elle avait perdu son bonnet de dessous et sa coiffe,
retrouvés plus bas, flottant au fil de l'eau, ainsi que le mentionne
le procès-verbal.
Permettons-nous d'apporter quelques précisions à la mention des
éléments du vêtement de Marguerite Laboissière.
- LA CHEMISE DE TOILE DE BRIN:
La toile de brin est une belle toile fine, de premier choix, soit de lin, soit
de chanvre. Certainement de chanvre dans le contexte présent.
La chemise est portée depuis des siècles comme sous-vêtement
féminin. En 1850, elle est à peu près semblable, par sa
coupe et son ornementation, à celle du l8eme siècle. Mancherons
courts, décolleté arrondi, garnis de broderies, d'un simple point
de feston, ou d'un picot rapporté, éxécuté aux aiguilles
ou au crochet, ou bien d'une fine dentelle rustique. De plus, un mince cordonnet
coulissant permet de froncer l'échan crure du décolleté.
- LE MOUCHOIR DE COU:
Héritier de l'écharpe de cou du l8eme siècle, se porte
croisé sur la poitrine, qu'il soit fait de mousseline, ou plus fréquemment
d'indienne ou bien de simple cotonnade. Ses bords peuvent tre enjolivés
d'un volant, d'un galon, ou tout simplement ourlés, à la mode
paysanne quotidienne.
- LA BRASSIERE:
Est une sorte de corsage ajusté, à manches longues, boutonnant
devant, avec ou sans col, fait de toile légère ou plus épaisse,
éventuellement de tissu de laine selon la saison.
- LA PAIRE DE MANCHES:
Mancherons ou "manchons", que l'on superpose aux manches de 18 brassière
pour les protéger de l'usure, ils sont resserrés au poignet et
au- dessus du coude. Faits de cotonnade solide.
- LA JUPE D'ETOFFE DE COTON:
Peut avoir été coupée dans du pilou (tissu de coton mou,
légèrement pelucheux), moins vraisemblablement dans du droguet,
car c'était alors l'été. Elle est froncée à
la taille.
- LE TABLIER L 'ETOFFE DE PAYS:
Le terme étoffe de pays signifie essentiellement toile de chanvre, plus
ou moins fine, de couleur bistre ou blanche. Le costume paysan féminin
local offrait aussi des tabliers de cotonnades dans les bruns, les bleuâtres,
les violines.
- LE BONNET DE DESSOUS
Comme son nom l'indique, porté sous la coiffe, il enferme la chevelure
dont aucune mèche ne doit dépasser. Fait d'une toile de brin,
lin ou chanvre, il est tres léger et a la forme d'un béguin.
- LA COIFFE
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Selon les régions de France, les coiffes se sont diversifiées et enrichies depuis le début du 19ème siècle. Il pouvait même exister de légères variantes entre une coiffe de Marthon et de Montbron. Néanmoins, la coiffe la plus courante dans notre région est semblable à celle que je vous présente, vers 1850. Travaillée dans un tissus très fin, souvent de l'organdi, avec un fond richement brodé, ce que l'on désigne sous le terme de "coiffe" froncé et maintenu par un étroit volant soigneusement tuyauté, elle s'orne, sur la nuque, d'un gros noeud, Celui-ci est élaboré dans un large ruban de soie moirée blanche, dont les deux pans flottants retombent presque jusqu'à la taille. Ces belles coif fes blanches étaient toujours bien amidonnées. Elles demeuraient des parures de fête. |
En outre, nous pouvons noter la permanence des deux données suivantes
- La mode persistante des tissus à carreaux, et ceci depuis des siècles.
Nous les retrouvons aussi bien dans l'habillement que dans divers éléments
de literie ou d'ameublement.
- L'utilisation également traditionnelle de teintures à base
d'indigo, ce qui avait pour résultat de moduler toutes les gammes
des bleus et violines. Ce sont les couleurs de la brassière, de la jupe
et des bas de Marguerite Laboissière.
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Si ces vêtements ont subi une légère évolution depuis
le début du 19ème siècle, notamment en ce qui concerne
la forme des coiffes, ils de meurent très semblables à ceux portés
par les femmes appartenant aux mes couches sociales tout au long du 18ème
siècle. Aucune évolution radicale dans les formes, la nature des
tissus ni dans les couleurs. Sans doute des colifichets à la mode du
jour étaient-ils venu apporter quelques nou veautés dans des tenues
paysannes traditionnelles, mais les éléments de base en étaient
demeurés à peu près inchangés.

PAYSANNE MONTBRONNAISE ET SES ENFANTS ( vers 1640 )
Remarquons la tenue de la petite fille, qui, sous un grand tablier de
toile blanche, à bavette et à bretelles, porte une brassière
brune à manches longues, avec son mouchoir de cou bleu, bien croisé
par dessus.
Sources:
- Etat Civil de Marthon pour Marguerite Laboissière.
- Renseignement aimablement fournis par de vieilles habitantes des communes
de Montbron et d'Ecuras.
- Croquis extrait d'un carnet d'études (1840-50), gracieusement confié
par une ancienne famille montbronnaise.