Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés
No 2, Mars 1990
- LA GENETTE -
![]() Source : http://volcelest.chez.tiscali.fr |
La genette, ce superbe petit mammifère
carnivore, est excessivement difficile à observer de nos jours
et dans notre région. D'une part, sa réserve et sa ruse
jointes à sa prédilection pour les lieux les plus retirés
n' ont jamais facilité son approche, d'autre part et surtout, elle
a à peu près disparu de nos environs immédiats. Pendant tout le Moyen-Age, elle fut l'animal favori des foyers, notamment
des maisons riches à la place du chat. Introduit en France à
la suite des Croisades, celui-ci demeura un animal rare, car très
cher jusqu'à là. La genette appartient à la famille des VIVERRIDES comme la mangouste, la civette. Il existe de nombreuses variétés de genettes en Afrique et dans toutes les régions méditerranéennes. |
La nôtre s'appelle GENETTA VULGARIS, et vit dans tous les pays
de climat tempéré. C'est un animal solitaire, sauvage et d'une
intelligence extrême. Elle mène une vie nocturne active, fuit les
lieux habités, vit dans les fourrés et les arbres des forêts
les plus impénétrables, sait se faufiler et grimper avec une agilité
rare. Elle parvient à se glisser dans les espaces les plus étroits
grâce à la grande flexibilité de son corps.
Néanmoins elle est curieuse, gourmande, et malgré sa ruse, elle
peut se laisser prendre dans une boite-piège, ou bien appâter par
un piège empoisonne.
En moyenne, elle pèse 1 kilo 7, mesure 47 cm, possède une somptueuse
queue touffue de 41 cm. Elle a une hauteur au garrot de 19 cm.
Son beau pelage épais, soyeux, extrêmement recherché est
d'un gris cendré, parfois légèrement roux, marqué
d'une ligne médiane noire et de quatre à cinq bandes de taches
noires sur les flancs. Sa gorge, sa poitrine, son ventre sont d'un gris uniforme,
alors que sa longue queue touffue est grise et annelée de noir.
Sa petite tête en triangle aux yeux bruns ressemble à celle du
renard, mais son regard est celui du chat, avec des pupilles en amande. Ses
pattes courtes portent cinq doigts à griffes semi-rétractiles.
Elle dégage une forte odeur de musc (sécrétions des glandes
anales). Il fallait que sa beauté et son intelligence aient été
jugées dignes de l'attachement qu'on lui portait au Moyen-Age pour que
nos ancêtres négligeassent un tel désagrément. Nais
n'oublions pas que le goût pour les parfums lourds était alors
de mode, tout particulièrement le musc.
Elle affectionne les forêts sombres, épaisses, humides,
riches en sources et en ruisseaux, avec des terrains escarpés, sauvages,
susceptibles de lui offrir en même temps une végétation
d'ajoncs et de genêts (d'où son nom).
Elle ne fabrique pas de terrier mais dort le jour dans des anfractuosités
naturelles, des arbres creux dénommés cabornes en patois
local) des terriers abandonnés, tout au fond des forêts les plus
inaccessibles.
Elle se nourrit de ses chasses nocturnes qui peuvent l'entraîner dans
de longues courses de cinq à huit km. Elle aime tout autant les rongeurs,
les oiseaux, les oeufs et oisillons au nid, les insectes que le produit de ses
poches poissons et écrevisses. Mais les écrevisses ont tellement
régressé dans nos ruisseaux et nos rivières.
Cet animal solitaire ne vit en couple qu'à la saison des amours. En
avril, après une période de gestation de 10 à 11 semaines,
elle met au monde deux à trois petits qui pèsent de 60 à
80 grammes.
Il y a plus d'une vingtaine d'années, sa présence était
encore relativement abondante au sud de la Loire et à l'ouest du Rhône,
dans les Pyrénées orientales, la Vendée, les Deux-Sèvres
et déjà plus rare dans notre région immédiate. Nous
pouvons avancer qu'elle en a pratiquement disparu aujourd'hui. Si elle subsiste
en très petit nombre, cela pourrait être dans les forêts
proches de Montembeuf, d'Horte, dans les bois de Grassac et de Charras etc...
et encore, nous n'en avons aucune certitude. Sa régression s'est faite
à peu près totale depuis les années soixante.
Il y a une cinquantaine d'années, alors que déjà elle
se faisait si rare dans les environs, sa peau se vendait très cher sur
les marchés de Piégut et de Montembeuf, à la bonne saison,
c'est à dire en janvier et en février. Quelques exceptionnelles
peaux de genette voisinaient alors avec les peaux de martre, de fouine, de chat
sauvage, de putois, de blaireau, toutes abondantes.
Très approximativement, on peut se permettre de citer quelques prix.
Une peau de blaireau valait 800 F, une peau de fouine de 2000 à 3000
f, une peau de martre de 4000 à 6000 f, alors qu'une peau de genette
pouvait dépasser 10.000 F francs anciens).
Vers 1950, la genette était déjà si exceptionnelle que
l'on pouvait estimer qu'il était difficile à cinquantes fins chasseurs
de parvenir à produire à eux tous plus de dix peaux de genette
sur un marché, pour tout un hiver.
Ce commerce cessa, voici une trentaine d'années, avec la constitution
des sociétés de chasse. Si son braconnage fut encore toléré,
elle ne fut enfin définitivement protégée qu'à partir
de 1972. Il était sans doute déjà trop tard pour en prévenir
la disparition presque totale, dans notre région du moins.
Marcel Denepoux et Lucette Tabus.