La pierre des morts à Gardes

Il existe sur la façade de l’église de Gardes une pierre allongée, incluse dans le pilier central. Il s’agit là d’une ‘pierre des morts’, dite ici ‘pierre d’attente’. L’autre type de pierre des morts est dite ‘pierre de repos’.

La pierre d’attente de l’église de Gardes

Ces dernières se trouvaient dans les campagnes. Elles servaient de halte aux processions qui, du village jusqu’à l’église et au cimetière, pouvaient parcourir plusieurs kilomètres le long d’itinéraires traditionnels. La pierre d’attente de Gardes est la dernière étape de cette procession. C’est ici que l’on déposait le corps, avant que le prêtre ne vienne procéder à sa levée. Lorsque de telles pierres se trouvaient à proximité de l’église, elles purent disparaître et être converties à d’autres usages. Ce fut notamment souvent le cas de celles des églises du Berry, lointaines descendantes des dolmens. Celle de Gardes, insérée dans le bâtiment, est parvenue jusqu’à nous. Bien qu’incluse dans le pilier du mur sud de la partie romane, elle en aurait dépassé avant l’extension renaissance du XVeme. Il est donc possible qu’elle ait été intégrée à la maçonnerie romane au moment de l’agrandissement de l’église.

Arrivé sur la place, au centre de sa gracieuse pelouse, le char s’arrêta. On descendit la bière, après l’avoir dépouillée de ses ornements, et on l’a déposée sur la pierre des morts.
L’assistance priait: les femmes à deux genoux, les hommes debout le front incliné.
Le prêtre entonna d’une voix grave l’antienne Excultabunt Domino… que poursuivit le choeur. Puis, quatre jeunes paysans, aux mains noueuses et musclées, s’avancèrent, prirent le cercueil, sinistre en sa nudité, et, à la suite du clergé, le portèrent dans l’église
.

Lucien Donel
« La mort au village »
« Devant l’âtre », recueil de huit nouvelles. Vers 1890

Eglise de Saint-Hilaire-les-Places (Haute Vienne) ayant conservé sa table des morts

« La cérémonie des funérailles chez les pauvres gens de la campagne a conservé son antique simplicité, et, de plus, un usage dont l’origine me semble bien ancienne. Il m’est souvent arrivé, en parcourant les plaines de la Vallée-Noire, de me croiser avec une charrette tirée par quatre jeunes bœufs, n’ayant d’autre charge qu’un cercueil en bois blanc, sans drap mortuaire et sans couronne d’aucune sorte. C’était un convoi de paysans que les fils du défunt, l’aiguillon à la main, et sa veuve, drapée dans une mante noire, le capuchon baissé, conduisaient à sa dernière demeure. A chaque croisement de voies, en Berry, s’élève invariablement sur un tertre gazonné une grande croix de bois là, le cortège funèbre s’arrête, des cierges s’allument, des prières sont dites, puis l’un des assistans dépose au pied de la grande croix rustique une autre petite croix minuscule faite de copeaux grossièrement taillés. Aux carrefours les plus fréquentés, l’amoncellement de ces offrandes pieuses, les unes toutes blanches encore, les autres vermoulues, est considérable. Et il en est toujours ainsi, là où quatre chemins se croisent, et jusqu’à la pierre des morts qui se trouve placée devant chaque église de village; pierre moussue sur laquelle, depuis un temps immémorial, les corps sont déposés jusqu’à l’arrivée du prêtre. »

Revue des deux mondes
janvier 1892
Le Berry

Eglise Saint-Vincent à Champmillon (Charente) avec sa table des morts à droite